Inédits, les prêts à 3 ans accordés aux banques ont porté leurs fruits

D’après les premières estimations, ce sont les banques espagnoles qui vont le plus rembourser…

A quoi a servi le prêt à 3 ans de la BCE ?

Fin 2011, Mario Draghi, le président de la BCE, a lancé pour la première fois un LTRO (« long term refinancing operation »), un dispositif de prêts à 3 ans – jusqu’à présent l’institution ne prêtait pas au-delà d’un an -, afin de soutenir le système financier européen, en pleine tourmente. Les banques ne se faisaient plus confiance entre elles et les fonds monétaires américains, source importante du financement du système bancaire de la zone euro, se retiraient. Les établissements financiers risquaient dès lors de ne plus pouvoir se refinancer, en particulier dans les pays « périphériques ».

Selon Mario Draghi, les montants en jeu étaient énormes : 230 milliards de dette bancaire arrivant à maturité au cours du premier trimestre 2012, s’ajoutant à 250-300 milliards d’euros de dette publique. « La pression sur le marché obligataire va être très, très importante, voire sans précédent », a-t-il averti en décembre 2011.

Étant donné les conditions très favorables du prêt (taux faible et montants illimités), le succès de l’opération a été retentissant. En décembre et février, les banques ont emprunté 1.000 milliards d’euros. « La part essentielle de cet argent a servi à honorer les remboursements de dette bancaire et à se constituer des réserves de liquidité. Les banques ont aussi utilisé le dispositif par simple précaution. Les montants restants ont été recyclés dans l’achat de dettes publiques périphériques de court terme », affirme l’équipe d’ING.

Le dispositif a été efficace, au moins sur les premiers mois de l’année 2012. Mais, face au regain de tensions, la BCE a finalement décidé de se doter d’une arme beaucoup plus dissuasive : l’OMT, le programme d’interventions sur le marché des emprunts d’Etat pour des montants illimités.

Pourquoi rembourser ?

Certaines banques veulent pouvoir prouver au marché qu’elles vont bien. Parmi elles, certaines étaient déjà en excès de liquidité lors de la première opération, mais elles ne voulaient pas prendre le risque de dépareiller ou s’affaiblir si la situation sur le marché obligataire venait à s’effondrer. Plutôt que de laisser dormir cet argent non rémunéré depuis juillet 2012, autant le rembourser. Personne cependant ne s’attend à un remboursement complet, la plupart des banques étant tenues par la nécessité de s’assurer que la situation est stable en matière de liquidité.

Qui va rembourser ?

Le ministre des Finances espagnol Luis de Guindos a affirmé vendredi à Davos qu’ « une très grande part » des 137 milliards d’euros remboursés proviendrait des banques espagnoles, y voyant un signe de retour de la confiance. Selon les estimations de Barclays, les banques espagnoles, qui maintiennent une dette avec la BCE de 313 milliards d’euros (dont 260 environ proviendraient du LTRO), devraient rendre 30 milliards d’euros. Il s’agira principalement des grandes banques du pays. Banco Sabadell et Bankinter ont annoncé vouloir rembourser chacune 1,5 milliard d’euros, sur 24 milliards empruntés pour Sabadell et 9,5 milliards pour Bankinter. Les banques portugaises, qui ont capté 40 milliards d’euros, n’auraient pas l’intention de commencer à rembourser ou alors assez peu (pas plus de 8 milliards estime Barclays). Les banques allemandes auraient reçu en tout 69 milliards d’euros de liquidités de la BCE. Barclays estime qu’elles vont rembourser 25 milliards d’euros. Commerzbank a confirmé vouloir rendre les 17 milliards empruntés. Enfin, le bancassureur belge KBC va rembourser au premier trimestre 8,3 milliards d’euros et la britannique Lloyds jusqu’à 75 % des sommes empruntées, soit environ 10 milliards d’euros.

Et les banques françaises ?

Seul Baudouin Prot, le président de BNP Paribas, à Davos la semaine dernière, a dit s’attendre à voir « quelques remboursements partiels dans les semaines à venir ». Possédant des filiales importantes dans des pays encore tendus comme en Italie, elles n’ont pas d’intérêt à rembourser rapidement. Une récente étude de l’Autorité de contrôle prudentiel a en outre montré que les banques françaises restaient « vulnérables » à un éventuel blocage du marché interbancaire court terme, surtout sur le dollar. L’institution note cependant que cette vulnérabilité est compensée par les collatéraux éligibles à la BCE, laissant à penser que des remboursements auront bien lieu.

Auteurs :
Réjane Reibaud, Jessica Berthereau (à Madrid), Jean-Philippe Lacour (à Francfort) et I. Co., Les Echos
via Inédits, les prêts à 3 ans accordés aux banques ont porté leurs fruits, Actualités.

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